Visual artist | photographies et nouveaux médias

Media

Œuvres d’art et numérique : Collaborations, limites, apports mutuels à la connaissance et à la médiation

Works of art and digital art: Collaborations, limits, mutual contributions to knowledge and mediation

Édition scientifique par Marc Gil et Pierre Hallot


Si Innsbruck n'était plus seulement Innsbruck

Florian Ebner - Chef du Cabinet de la Photographie au Centre Georges Pompidou

(extrait) Cinq positions artistiques entre l'espace réel et l'espace de potentialité

Avant de construire des autoroutes, les hommes ont commencé à arpenter les montagnes. L'œuvre en trois parties Echo de Florence Cardenti est conçue comme une sorte d'allégorie ou d'espace conceptuel pour l'exploration photographique des paysages montagneux et haut-alpins. Les archives de la section d'Innsbruck du Club alpin autrichien, lieu de recherche privilégié de Florence Cardenti, comptent à elles seules 40 000 photographies. Sans doute beaucoup de ces images sur plaques de verre ont-elles été utilisées autrefois pour des relevés photogrammétriques, mais aujourd'hui ces informations ne peuvent plus être lues directement sur les plaques. La perte d’information sur une forme révolue de production de connaissances est le point de départ de Vertigo, la première partie de l'œuvre de Cardenti. Elle compose ses prises de vue de chaînes de montagnes et d'objets en les décalant légèrement, de manière à ce qu'elles puissent être regardées à travers une ancienne visionneuse stéréoscopique, produisant ainsi par des moyens analogiques l'illusion d'une profondeur tridimensionnelle. Gratwanderung est le titre de la deuxième partie de son travail, dans laquelle elle réutilise d'anciennes plaques d'impression de courbes de niveau utilisées pour les cartes topographiques. Dans son archéologie des médias, elle se préoccupe moins de rendre ces documents à nouveau lisibles, par exemple en identifiant certaines lignes de contour ou chaînes de montagnes ; les cartes copiées sur des plaques de verre teintées en rouge racontent plutôt le processus complexe de la translation analogique de la réalité physique en images photographiques, dessins graphiques et cartes imprimées et symbolisent l'esthétique très distincte de ces systèmes de représentation. Une photo grand format d'une crête de montagne que l'artiste a prise elle-même à l'aide d'un filtre infrarouge nous rappelle que la réalité physique est capable d'offrir une visibilité bien plus grande que ce que l'œil humain peut percevoir. Enfin, elle fait preuve d'un "empirisme délicat" (Walter Benjamin) lorsqu'elle tente de fusionner les techniques d'enregistrement analogiques avec les possibilités de la simulation numérique. Dans la troisième partie de son œuvre, intitulée Stone Survey, Cardenti part d'un simple morceau de granit d'origine alpine de la taille d'un ballon de handball, qu'elle photographie sous de nombreux angles et qu'elle transforme en un modèle filaire en apesanteur d'un avatar virtuel. La simulation parfaite de la texture de la surface de ce petit amas de matière fait de cette œuvre un symbole de la façon dont la vue microscopique donne progressivement naissance au nouveau macroscopique, l'accès potentiel et le stockage du monde physique dans l'univers numérique.


ECHO, ALPENVEREIN, BIENNALE DE L’IMAGE TANGIBLE #"3, PARIS


Video par ©Images Latentes 2021

réalisation Charlotte Krebs